Jacques Meyer, Premier secrétaire de la fédération de la Marne – Vendredi après midi

Chers amis, chers camarades,

C’est avec beaucoup d’émotion que je m’adresse à vous aujourd’hui. C’est en effet un grand honneur d’accueillir le 75e Congrès du Parti socialiste ici à Reims, dans la Marne, en Champagne-Ardenne, et bien entendu aussi une très grande joie pour tous les socialistes marnais de vous accueillir.

Car ce n’est pas tous les jours que nous accueillons le Congrès du Parti. Même les plus anciens ne l’ont pas vécu, même, de mémoire d’éléphant, il paraît que nous en avons, on ne s’en souvient pas.

En effet, il faut remonter à 1881 pour trouver trace d’un congrès socialiste à Reims, et encore il ne s’agissait pas d’un congrès de notre parti, fondé en 1905, mais du congrès du Parti ouvrier socialiste français qui eut lieu du 30 octobre au 6 novembre 1881. Il s’agissait alors d’une période troublée pour les socialistes, marquée par de profondes divisions stratégiques et des clivages importants autour de questions telles que : que faut-il conserver ou au contraire rejeter de l’héritage de la Révolution française ? Faut-il donner la priorité à la lutte sur le terrain politique, les élections, ou la lutte sur le terrain syndical, les grèves ? Faut-il une stratégie franchement révolutionnaire fondée sur la grève générale telle que prônée par les Guesdistes, les anarchistes, ou bien une stratégie résolument réformiste prônée par les Broussistes* et les Possibilistes, n’excluant pas de constituer des alliances électorales pour administrer communes et départements avec les radicaux.

Ajoutés à cela des conflits entre dirigeants, de nombreuses scissions, des conflits de toutes natures, bref nos ancêtres eux aussi ont connu avant nous ce que pudiquement on pourrait qualifier de richesse due à la diversité d’opinion.

Ajoutons enfin qu’au Congrès de Reims les socialistes modérés, partisans de Paul Brousse*, d’où leur nom de Broussistes, et concurrents acharnés des Guesdistes, menés par Jules Guesde*, ont triomphé.

Mais surtout, chers camarades, n’y voyez aucune allusion à nos divisions actuelles et, comme l’on dit, toute ressemblance avec des personnes existantes ou des factuelles seraient purement fortuites ou de pure coïncidence.

La preuve que cette époque n’a rien à voir avec la nôtre, c’est que 1881, c’est l’année de l’élection du premier député socialiste français en France, il s’agissait de Clovis Hugues* à Marseille. C’est aussi à cette époque que nous avons connu l’élection du premier maire socialiste en France, Christine Tivrier*, à Commentry dans l’Allier.

C’est vous dire que cette époque est bien sûr fort éloignée de la nôtre, l’affluence au débat public d’ailleurs de ce Congrès de Reims fut assez faible puisqu’elle ne dépassa pas 300 à 500 personnes, rien à avoir avec nos 2 000 à 3 000 participants d’aujourd’hui.

Je voudrais au passage remercier tous ceux qui font que ce congrès est une réussite sur le plan de l’organisation et de la logistique. Merci aux deux cents militants de la Marne, des Ardennes, de l’Aisne et de l’Aube qui sont venus aider pendant trois jours. Et on peut les applaudir. Merci aussi aux plus de trois cents militants bénévoles venus de toute la France pour assurer notre sécurité. Et merci aussi à la centaine de permanents du Parti qui sont présents aujourd’hui.

Tous travaillent sans relâche et ne ménagent pas leur peine pour la réussite de ce congrès. Et, d’avance, soyez indulgents pour les éventuels ratés qui accompagnent toujours ce type de grand rassemblement.

La Marne, parlons un peu de la Marne, a toujours été une terre de mission pour nous socialistes, une poignée de députés. En trois Républiques, en 130 ans, nous n’avons eu en tout et pour tout cinq députés socialistes dans le département, et jamais aucun sénateur. C’est vous dire les difficultés pour nous. Mais depuis quelques années, ça bouge. D’abord, la victoire en 2004 aux élections régionales, menée par Jean-Paul Bachy, et puis les cantonales, et enfin les municipales ; la victoire d’Adeline Hazan à Reims mettant fin à 25 ans de règne de droite dans notre commune ; la victoire de Jean-Pierre Bouquet à Vitry-le-François dès le premier toujours, plusieurs cantons gagnés à Fime, à Reims, à Vitry montrent l’évolution.

Nos élus représentent aujourd’hui une force, neuf conseillers régionaux, dix-sept conseillers généraux, de très nombreuses mairies, dont bien entendu celles de Reims et de Vitry-le-François.

Quant aux effectifs de notre fédération, ils n’ont cessé de croître ces dernières années puisque, de 550 adhérents au dernier congrès, nous sommes aujourd’hui à 1 002, j’insiste sur le 2, adhérents aujourd’hui.

C’est vous dire qu’il n’y a pas de fatalité, pas de place pour la résignation et que le travail politique à la longue paie toujours pour peu bien sûr que nous ayons une bonne stratégie et une bonne organisation, mais tout cela sera bien entendu l’objet de nos travaux.

Une dernière chose : vous allez certainement pendant ces trois jours prendre le temps, du moins je l’espère, après les séances de travail studieuses, de goûter à notre petit vin de pays, appelé le champagne et mondialement connu.

Le champagne, chers camarades, ça se boit dans les grandes occasions, dans les réunions de famille. Or, vous savez que les réunions de famille, malheureusement, se font dans deux circonstances : soit malheureusement à l’occasion de deuils, de décès, soit à l’occasion de fêtes de famille, de mariages, d’anniversaires ou de naissances.

Eh bien, faisons en sorte tous ensemble que ce congrès soit une fête de famille, de retrouvailles entre parents et amis, une fête réussie qui voit le rassemblement de tous ses membres.

N’oublions jamais qu’avant d’être de telle ou telle motion, nous sommes tous d’abord d’une même famille, la famille des socialistes, une famille qui sait se rassembler.

Et faisons en sorte, chers camarades, que le Congrès de Reims soit un grand congrès, un congrès réussi, un congrès qui restera comme tel dans la mémoire collective de notre parti. Merci.